L’année dernière, nous avions découvert l’aventure de Lauric et Nao, qui se préparaient pour leur départ. Dans l’article précédent, nous avons exploré leur aventure antérieure, ainsi que la préparation de leur nouvelle épopée. Cet article est à retrouver ici.
Aujourd’hui, nous sommes repartis à la rencontre de l’équipage du Tupaia pour retracer leur année de navigation.
Naviguer à travers les océans du monde est une aventure unique. À bord du Tupaia, un voilier, un équipage passionné a entrepris un voyage extraordinaire, traversant l’Atlantique pour explorer les paysages reculés et majestueux de la Patagonie. Dans cet entretien, l’équipage partage ses expériences, de la traversée de l’Atlantique aux mouillages isolés des fjords chiliens, offrant un aperçu captivant de la vie en mer et des merveilles que recèle notre planète.
Est-ce que cette traversée de l’Atlantique s’est bien passée ?
La traversée s’est très bien passée ! Nous n’avons eu aucun problème technique majeur, les conditions météo ont été globalement favorables, et il y avait une bonne ambiance à bord. Nous avions peur de nous ennuyer en passant autant de temps en mer, mais les 76 jours de traversée entre la France et Ushuaia (avec 6 escales) sont passés très vite, et nous en gardons un très bon souvenir.
Quelle sensation avez-vous ressentie en arrivant au Brésil ?
Nous n’avions pas prévu de nous arrêter au Brésil, et même après 29 jours en mer depuis le Cap-Vert, nous aurions volontiers continué vers l’Argentine. Mais du mauvais temps était prévu et nous a contraints à chercher un abri. Après quelques heures à scruter la carte, nous avons repéré une petite baie au large de Florianópolis qui nous semblait bien et pas trop loin, et nous avons mis le cap dessus.
La première chose qui nous a marqués a été une odeur de fruit mûr, alors que nous ne voyions pas encore la côte. Elle s’est intensifiée au fur et à mesure que nous nous rapprochions, et cela nous a donné faim ! Après seulement quelques heures au mouillage, en face d’un petit village de pêcheurs et entourés de forêt tropicale et de plages de sable blanc, nous nous sommes dit que nous étions très bien tombés et que nous avions bien fait de nous arrêter.
Comment avez-vous célébré cette première grande étape de votre voyage ?
Nous sommes arrivés au Brésil le matin du 24 décembre, juste à temps pour appeler la famille, faire le plein de fruits et légumes frais, de bière, et de crevettes locales. De quoi passer un beau réveillon comme à la maison ! Ce n’était pas l’ambiance neige et sapin de Noël, mais c’était très sympa.

Vous réalisez des mouillages incroyables depuis plusieurs semaines maintenant. Comment se passent l’organisation et les ravitaillements ?
Ce que nous aimons le plus dans le voyage en voilier, c’est la possibilité de visiter des endroits peu accessibles et encore préservés. Nous avons donc optimisé le bateau pour être le plus autonomes possible. Cela passe principalement par de grosses réserves de nourriture, d’eau et de gasoil, ce qui nous permet de tenir 3 mois sans trop nous restreindre.

Quels sont les aspects les plus difficiles de la gestion des ressources à bord ?
Les ressources à bord d’un voilier sont toujours limitées, et il faut constamment faire attention à notre consommation. Cependant, les difficultés dépendent de l’endroit où nous nous trouvons. Dans les tropiques, par exemple, notre principale contrainte était l’eau douce, en raison de la chaleur et du manque de points d’eau disponibles dans certains endroits, comme au Cap-Vert. En revanche, dans les coins reculés de la Patagonie, l’eau douce est abondante, mais il faut surveiller la consommation de gasoil. Celui-ci est essentiel non seulement pour naviguer au moteur en l’absence de vent, mais surtout pour nous chauffer, car les stations-service se trouvent à des centaines de kilomètres.
La vie à bord d’un bateau en hiver est-elle quand même rude ?
Notre bateau n’est pas équipé pour le grand froid, et malgré les quelques améliorations que nous avons apportées, nous nous attendions à passer un hiver un peu pénible. Mais finalement, même si nous nous réveillons parfois avec des stalactites à l’intérieur, le poêle nous garde bien au chaud pendant la journée et rend la vie à bord agréable. Les principales difficultés sont liées aux manœuvres pendant la navigation, car nous avons vite froid aux mains et aux pieds, et le matériel est parfois gelé, donc difficile voire impossible à utiliser. Tout prend un peu plus de temps quand il fait froid, mais cela reste faisable, et ça en vaut la peine.
Les paysages grandioses des fjords chiliens ont l’air splendides. Quelle sensation ressentez-vous d’être dans un paysage aussi unique ?
C’est un véritable privilège de pouvoir profiter de paysages aussi grandioses depuis notre petite maison flottante. Nous nous sentons tout petits face à ces glaciers immenses et cette nature sauvage à perte de vue. Il ne se passe pas une journée sans que quelque chose de nouveau ne nous émerveille.
Avez-vous des moments ou des lieux favoris dans les fjords chiliens ?
Il n’est pas facile de choisir un lieu en particulier car chaque spot a son charme. Un coin qui nous a tout de même particulièrement marqués est le Seno Garibaldi, qui abrite le glacier du même nom et que nous avons eu la chance de pouvoir approcher de près sous un grand ciel bleu. Nous avons pu assister à une énorme chute de glace qui a créé une vague sans doute surfable ! Le bruit produit par ces gros blocs qui se détachent brusquement et tombent avec fracas de 50 mètres de haut était très impressionnant. La bonne nouvelle, c’est que nous n’avons pour l’instant exploré qu’une petite partie de la Patagonie, et qu’il nous reste encore beaucoup à découvrir.

Y a-t-il un animal ou un moment avec la faune qui a particulièrement enrichi votre aventure ?
Nous nous rappellerons longtemps de notre première rencontre avec un groupe d’orques dans le canal Beagle. C’était un jour sans vent. Nous avons arrêté le bateau, et ils sont restés une heure devant nous, à manger un pauvre phoque qui passait par là. Nous avons pu les observer de très près, c’était magnifique. Nous avons appris plus tard qu’il est apparemment assez rare de croiser des orques dans les canaux.
Vous vous retrouvez à de nombreux kilomètres de votre port d’attache à Paimpol en Bretagne. Face au nombre de milles parcourus en mer, l’envie de voyager est-elle toujours aussi incroyable ?
Oh que oui ! Peut-être même plus encore. Nous avons beaucoup aimé les longues traversées et les petites escales, mais nous sommes contents d’être arrivés et de pouvoir prendre notre temps pour visiter la Patagonie comme il se doit.



Comment cette aventure a-t-elle changé votre vision du monde et de la navigation ?
Ce voyage nous a confortés dans l’idée que, aussi lent et inconfortable que cela puisse être, le voilier est un moyen formidable pour découvrir les rares endroits encore préservés des activités humaines. Notre rapport au temps a évolué. Nous avons appris qu’en voyage en général, et en bateau en particulier, il est important de prendre son temps et d’être flexibles. Cela permet non seulement de s’adapter aux changements météo, mais aussi de profiter pleinement des opportunités qui se présentent au fur et à mesure.
Y a-t-il une rencontre en particulier qui vous a marqué ?
Les escales sont toujours des moments riches en rencontres. Nous sommes parfois invités à bord d’autres voiliers en vadrouille ou chez les habitants, et c’est à chaque fois l’occasion d’échanges et de partages qui enrichissent notre voyage. Ici en Patagonie, les habitants sont tous très accueillants (et patients avec notre espagnol très approximatif !). C’est d’autant plus vrai dans les coins très reculés, comme lors de notre dernier tour dans l’archipel des Wollaston-Hermite, où nous avons rencontré des pêcheurs locaux. Nous avons à peine eu le temps de les saluer qu’ils nous offraient déjà des centollas (crabe royal) et des poulpes. En discutant avec eux, nous avons appris qu’ils travaillaient là, au bout du monde, non-stop pendant 8 mois avant de rentrer auprès de leur famille.
Quelle est la prochaine étape de votre voyage ?
Dans quelques semaines, nous quitterons Puerto Williams pour une remontée de 2-3 mois des canaux jusqu’à Puerto Natales. Nous prévoyons ensuite de passer quelques semaines dans la région avec des amis, puis nous continuerons tranquillement le long de la côte jusqu’au nord du Chili. Ensuite, nous traverserons jusqu’en Polynésie française et y resterons le temps de bien visiter les îles et de remplir la caisse de bord. Mais comme on dit, “en voilier, les projets s’écrivent sur le sable à marée basse.”
Data TUPAIA
- Stats transat (Paimpol-Mar del Plata)
- Nombre de milles parcourus : 6800 MN
- Nombre de jours passé en mer : 63
- Nombre de mouillages : 13
- Carburant utilisé : 80L
- Stats Patagonie (section Argentine + Beagle + Wollaston)
- Nombre de milles parcourus : 1975 MN
- Nombre de jours passé en mer : 102
- Nombre de mouillages : 58
- Carburant utilisé : 450L (dont 180L pour le chauffage)
- Capacité de Tupaia :
- Stock d’eau : 650L
- Diesel : 400L
- Nombre de pays visités : 7 pays (Espagne, Madère, Canaries (Esp.), Cap Vert, Brésil, Argentine, Chili)









Pour en savoir plus sur leur aventure, n’hésitez pas à suivre directement Lauric Thiault sur son instagram @lthiault. Découvrez la chaîne youtube Lauric Thiault et son site internet ici.
Retrouvez également nos combinaisons qui accompagnent Lauric et Noa lors de leurs expéditions dans l’onglet “nos combinaisons”.